« Journées critiques »

à la Faculté d’Anthropologie et de Sociologie de l’Université Lumière Lyon 2

18/19 et 20 mars 2010

Salle de Conférences IUT, Bron

Il y a tout juste deux décennies qu’on nous déclarait « la fin de la modernité » en nous présentant comme dernier mot de l’histoire la victoire définitive d’un ordre économico-politique qui permettrait un avenir radieux capable d’absorber ses contradictions et d’intégrer les diversités culturelles de la planète. Et tout à coup le discours dominant change. Les temps deviennent encore une fois critiques. Face à l’irruption d’une crise profonde et prolongée qui fait ressortir avec une virulence inouïe les impasses de ce (des)ordre on nous parle d’une « refonte nécessaire du système » et de droite à gauche se présentent des guérisseurs et des brancardiers du grand malade. Mais ils se présentent en général avec des recettes, situées entre un Keynésianisme éclairé et un socialisme étatique, qui datent d’une époque révolue et qui se sont avérées impuissantes face aux nouvelles réalités. C’est seulement à la marge de la pensée établie et des controverses médiatisées qu’émergent des réflexions dans la tradition d’une critique radicale et d’une pratique a- ou anti-institutionnelle. Après une longue phase d’occultation et de dispersion commencent à réapparaître des prises de position, des éléments d’analyse et des projets de transformation sociale qui réactualisent des courants de pensées que l’on croyait définitivement enterrés ou momifiés:

·   la critique marxienne d’une société envoûtée par le fétichisme de la marchandise, une critique qui visait bien plus loin que le programme des partis se réclamant du marxisme depuis plus d’un siècle, l’abolition des institutions des sociétés d’échange marchand, c’est à dire de l’Etat et du travail, pour rendre les hommes capables de mettre en œuvre leur intelligence et leur force collectives ;

·   la critique de l’Ecole de Francfort du règne totalitaire d’une industrie culturelle qui garantit qu’au quotidien, l’on succombe à la fascination du fétiche marchandise : à l’aide de médias omniprésents, à travers la transformation de toute activité humaine (artistique, culturelle, sportive etc.) en spectacle et la marchandisation de tout échange entre personnes;

·   la révolte surréaliste et situationniste contre la réalité d’une vie quotidienne qui étouffe désirs et rêves, qui nous isole les uns des autres, une révolte qui devait permettre de récupérer les forces de l’inconscient, de l’amour, de la poésie pour « changer la vie ».

Dans une multitude de petites revues, des manifestes et autres « organes de liaison » est de nouveau saisie l’« arme de la critique » pour comprendre le sort que nous réserve le système actuel et pour trouver les moyens pour le combattre.

En même temps et en grande partie tout à fait indépendant de ce renouveau de la pensée critique nous assistons à une irruption des luttes sociales d’une envergure et d’une extension nouvelles, comme dernièrement le mouvement universitaire qui transformait pendant des mois les universités en centres de refus des contre-réformes gouvernementales. C’est une « critique des armes », des armes d’une action contestataire, où émerge à travers la lutte pour les revendications immédiates, nécessaires pour la survie, l’aspiration à une autre vie, à une nouvelle manière de vivre ensemble.

Notre conférence-débat veut faire pendant deux journées un état des lieux de cette réapparition des positions critiques dans et en dehors du cadre académique et discuter leur pertinence pour l’analyse des contradictions, formes de crise et dynamiques d’évolution de nos sociétés actuelles. Les échanges vont tourner pendant deux journées autour de trois axes de réflexion traités au cours de trois tables rondes. Une matinée de débat autour des questions et perspectives ouvertes par ces réflexions va clore l’évènement.

Programme_actualisé